|
Par Vincent Bloch, professeur émérite
de neurosciences, Université de Paris-Sud (Paris
XI).
Notre groupe « Cerveaux et Machines » est
ancien, mais le domaine de ses activités reste
très actuel et en renouvellement rapide. De plus
en plus souvent, le choix des thèmes abordés
résulte d'une demande des participants, ou s'est
imposé au cours des discussions - toujours très
abondantes- des séances précédentes.
Grâce à l'initiative d'un des membres du
groupe, des CD contenant l'enregistrement sonore et l'iconographie
de certains des exposés sont disponibles.
La première séance de 2005 a été consacrée
aux « Différentes formes de mémoire
et leurs bases cérébrales » avec
un exposé de Pascale Gisquet-Verrier, psychophysiologiste
du CNRS, Université Paris-Sud à Orsay.
Dans les machines, le terme de mémoire a été emprunté au
langage courant pour désigner des dispositifs
qui conservent de façon stable des données
susceptibles d'être rappelées à l'identique.
La propriété qu'a le système nerveux
de conserver des traces de l'expérience passée
est très différente. Les traces conservées
par le cerveau interagissent, se renforcent, se modifient,
s'affaiblissent ou disparaissent. Et, il n' y a pas,
dans le cerveau, de région uniquement consacrée
au stockage. Mais les données tirées des études
sur l'Animal comme sur l'Homme ont conduit à distinguer
plusieurs formes de mémoire, dans lesquelles l'implication
de structures cérébrales différentes
a été démontrée.
La séance de mars a été animée
par un roboticien, Jean-Paul Laumond, CNRS, à l'INSA
de Toulouse , sur le thème « Mouvement
et calcul : du robot à l'Homme ». La
question de savoir quels sont les mécanismes
qui préludent
au mouvement intentionnel est centrale en robotique.
En effet, un mouvement établit une relation
continue entre le temps et l'espace. Un robot est
donc condamné au calcul. Pour le roboticien,
la maîtrise du mouvement
repose ainsi sur l'élaboration de modèles
permettant de transformer un problème par
essence continu en un problème combinatoire.
Plusieurs illustrations de l'efficacité de
ces modèles
en robotique ont été présentées,
incluant des travaux sur les robots humanoïdes.
Il a aussi discuté de la capacité des
dispositifs robotiques à suggérer des
modèles
explicatifs aux neurophysiologistes du mouvement
humain.
En mai, François Clarac, CNRS, Institut des
Sciences du Cerveau, à Marseille, a traité de
l' « Épistémologie
des études sur la locomotion », en
s'attachant aux « Modèles hiérarchiques
des réseaux
de commande ». Les mécanismes de la
locomotion -de la nage à la marche- de l'invertébré à l'homme
a, dès le XIX° siècle suscité l'intérêt
des naturalistes et provoqué aussi des débats
passionnés, selon l'importance accordée
aux systèmes préformés
résidant
dans la moelle épinière ou bien à ceux
situés dans le cerveau, supposés
modelés
par l'expérience. La connaissance du fonctionnement
des réseaux de neurones naturels repose
pour une large part sur les modèles de mini-réseaux
rencontrés chez les invertébrés
marins. Les techniques actuelles permettent de
connaître
les lois de fonctionnement de ces réseaux
et surtout de mettre en évidence la nature
hiérarchisée
de leurs interrelations. L'importance de ce fonctionnement
hiérarchique peu à peu dégagée
des études de la marche chez l 'Homme -qui
se met en place au cours de l'ontogenèse-
se trouve aujourd'hui confirmée.
Jean-Paul Haton, informaticien de l'Université de
Nancy, est venu en septembre évoquer les
problèmes
de « Reconnaissance de la parole
:
méthodes et applications ». La reconnaissance
automatique de la
parole revient à faire identifier par une machine
des mots ou des phrases prononcés par un locuteur.
Il s'agit d'un domaine pluridisciplinaire faisant
appel à l'acoustique, le traitement du signal,
la phonétique, la linguistique, les neurosciences,
la reconnaissance des formes, l'intelligence artificielle,
les probabilités et statistiques, et évidemment
l'informatique ! Ce domaine a beaucoup évolué depuis
les premiers systèmes électroniques des
années 1950. Les méthodes actuelles sont
largement fondées sur des outils statistiques
: modèles de Markov cachés pour le niveau
acoustico-phonétique et modèles n-grammes
pour le niveau linguistique. Ces modèles permettent
la reconnaissance de la parole naturelle continue avec
des vocabulaires allant jusqu'à près
de 100 000 mots avec des taux de reconnaissance acceptables.
En revanche, les systèmes actuels manquent encore
de robustesse. De nombreuses applications pratiques
sont opérationnelles dans des domaines très
divers
:
dictée vocale de textes, commande de machines
et surtout télécommunications.
La dernière séance de l'année,
en novembre, a été consacrée à « La
robotique bio-mimétique ». C'est Jean-Arcady
Meyer, CNRS, Université Paris VI, qui nous
a parlé du
retour en force de la bionique avec les « animats »,
robots dotés de propriétés d'adaptation.
Après avoir évoqué l'histoire
des automates et des robots inspirés par le
vivant, il décrit les diverses manières
dont certains robots modernes sont inspirés
des animaux -Homme compris-. Cette inspiration peut
s'appliquer à la
morphologie des robots, à leurs senseurs, à leurs
actionneurs ou avoir guidé leurs architectures
de contrôle. Ces dernières peuvent,
de surcroît, être soumises à des
processus
d'évolution, de développement ou
d'apprentissage plus ou moins comparables à ceux
que la nature a
inventés. Diverses réalisations
robotiques ont été décrites
dans lesquelles le vivant et l'inerte sont étroitement
associés.
|