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par le Pr Vincent Bloch, professeur émérite
de neurosciences, Université de Paris-Sud (Paris
XI)
Le calendrier habituel a été quelque
peu bousculé en 2007, mais notre
groupe a pu tenir quatre réunions très
animées dont une sous la forme d’une
mémorable visite-conférence dans les
locaux tout neufs de l’Institut "
Neurospin" du CEA à Saclay.
La première séance, tenue au début
février, a été animée par Christian
Giaume, directeur de recherches au
CNRS (Collège de France) avec
comme thème : « Le tissu glial, un
deuxième cerveau ? ».
Les cellules qui composent ce tissu
sont beaucoup plus nombreuses que
les neurones et à la différence de ceux-ci,
elles se reproduisent tout au long de
la vie. Leur nom (glie signifie « colle »)
est dû à la croyance qu’elles avaient
pour fonction d’assurer seulement le
soutien et la cohésion des réseaux de
neurones. On découvrit ensuite qu’elles
apportaient un soutien métabolique
et trophique aux neurones et enfin que
leur intervention était essentielle au
cours du développement.
Les recherches actuelles de l’équipe de
Christian Giaume permettent aussi de
considérer les plus nombreuses de ces
cellules, les astrocytes, comme des
éléments régulateurs de l’activité cérébrale,
car elles communiquent entre
elles par des variations de polarisation à
des points spécialisés de leur membrane.
Elles sont organisées en véritables réseaux
au sein desquels circulent
des vagues d’activation. Ces vagues
peuvent induire des réponses de
neurones voisins ou même faire communiquer des réseaux
neuronaux distants
en contrôlant leur activité, et aussi leur
survie lors des processus neurodégénératifs.
Enfin le blocage expérimental
de ces activités gliales reproduit
certaines étapes initiales de la maladie
d’Alzheimer, ce qui laisse entrevoir de
nouvelles formes de stratégie thérapeutique.
Un deuxième cerveau ? Sans doute
pas, mais ce nouveau regard sur une
voie alternative de transmission des
informations amène à reformuler les
modèles du fonctionnement cérébral.
La séance suivante fut exceptionnelle
puisqu’elle a eu lieu dans les locaux de «
Neurospin », le centre de Neuro-imagerie
en champ intense du CEA. Là son
directeur, Denis Le Bihan, de l’Académie
des Sciences, avait accepté, avant la
visite des installations, de traiter de «
L’eau, molécule de l’esprit ?».
Notre hôte, nous le savons, fut un
pionnier dans l’utilisation de l’IRM pour
l’étude en temps réel de l’activité du
cerveau. Cette technique est fondée
sur la détection de la libération par
l’hémoglobine de l’oxygène réclamé par les neurones qui s’activent.
Mais, dès 1985, Denis Le Bihan eut l’idée
d’appliquer la théorie de la diffusion
d’Einstein au mouvement des molécules
d’eau dans le cerveau. La vitesse
de déplacement (Coefficient de diffusion)
de ces molécules dépend de la
densité du milieu où ce mouvement
s’effectue. Révélés par l’IRM
la distribution
de ce coefficient donne des images à
haute définition. On obtient par exemple
des images des fibres nerveuses
que l’on peut suivre sur tout leur trajet,
et même, observer leur développement
chez le nourrisson.
Tout récemment, Denis Le Bihan a
rendu l’IRMd, à son tour, fonctionnelle.
En effet, l’activation cérébrale provoque
une baisse du coefficient de diffusion
des molécules d’eau associée à un
petit gonflement des neurones quand
ils captent l’oxygène. Les images de
cette IRMd ont une résolution spatiale
et une résolution temporelle beaucoup
plus grandes que celles de l’IRM "traditionnelle".
C’est donc un merveilleux
outil pour la recherche psychophysiologique.
Mais l’ambition de « Neurospin» est
d’aller
plus loin. Sous des champs magnétiques beaucoup
plus intenses on pourra changer d’échelle
et observerle niveau du neurone et même celui
de la molécule ou des gènes.
La visite du magnifique bâtiment qui
abrite le Centre nous a permis de voir
ces impressionnantes machines de
3Teslas (T) et de 7T pour l’Homme et
les préparatifs pour un système de plus
de 17T destiné au rongeur et à terme
de celui de plus de 11T pour l’homme.
Ces machines ont été conçues par les
physiciens du CEA.
Ce centre unique au monde se peuple
peu à peu de chercheurs et techniciens
qui, à terme, formeront une équipe pluridisciplinaire
et internationale de cent
cinquante personnes.
C’est André Holley, professeur de
neurosciences à l'Université Claude
Bernard de Lyon, qui a animé la séance
de juin en traitant « Le cerveau
gourmand. Mécanismes du comportement
alimentaire et du plaisir
gustatif ».
André Holley n’est pas inconnu au
groupe CEM, puisqu’en 1996, alors
directeur du programme Cognisciences
du CNRS, il était venu nous faire part
d’une réflexion historique sur « les
sources communes de l’Informatique et
des Sciences Cognitives » (publié sous
ce titre dans l’ouvrage « Cerveaux et
machines » de la collection Institut F. R.
Bull).
Il est un spécialiste de grand renom de
la psychophysiologie de l’olfaction.
Sous le titre d’« Eloge de l’odorat »,
il
avait publié une remarquable synthèse
des connaissances sur cette sensibilité moins étudiée
que les autres (Odile Jacob, 1999). Il a également
fait paraître,
chez le même éditeur, « Le cerveau
gourmand », sujet dont il nous a entretenu.
C’est que, dans ce qu’on appelle
le goût, l’odorat intervient pour une
bonne part : c’est l’arôme - c’est-à-dire
l’odeur engendrée par les aliments -
dans la bouche, qui parvient au nez à contre-courant.
André Holley a parlé d’aliments et
d’équilibre énergétique, de
saveurs et d’arômes
- naturels et artificiels - de leur
chimie et de leurs cartes cérébrales, de
faim et de satiété et de leurs mécanismes,
mais aussi du plaisir à manger et
de ses bases nerveuses. Il a abordé aussi
les problèmes de l’alimentation
dans la société moderne, et de l’industrie,
dont il s’est toujours préoccupé.
Il
fut en effet directeur du groupement de
recherches CNRS - Industrie des cosmétiques
et des parfums - et il vient de
quitter la direction du Centre Européen
des sciences du Goût, centre financé par
le conseil régional
de Bourgogne, qui fut fondé par le CNRS en réponse à une
proposition de l’industrie alimentaire.
C’est Thierry BAL, directeur de recherches
au CNRS, à Gif-sur-Yvette, qui
en novembre a abordé, pour la première
fois, un thème qui présente un grand intérêt
pour « cerveaux et machines », celui de l’interfaçage
réunissant
l’artificiel et le naturel : « Modulation
des messages sensoriels selon les états de vigilance.
Modélisation par des circuits hybrides : neurone
biologique
+ machine ».
Les messages sensoriels ne sont pas transmis passivement
de la périphérie aux centres nerveux supérieurs.
A
chaque relais des voies qui les portent, ils subissent
des
amplifications ou des atténuations en fonction de
l’état de
vigilance ou de conscience. Thierry Bal s’est consacréà l’étude
du dernier relais de la voie visuelle dans le thalamus,
sorte de portillon qui filtre les messages en relation
avec les états de veille et de sommeil. Afin d’élucider
les
mécanismes en cause au niveau cellulaire et membranaire,
Thierry Bal s’est illustré dans l’utilisation
de circuits
hybrides, dans lesquels un neurone sensoriel thalamique
vivant est connecté à une machine (circuit électronique
ou
ordinateur, ou les deux). Cette technique lui a permis
de
retrouver les manifestations électrophysiologiques
oscillatoires
qui caractérisent les réseaux réels
de neurones et
d’en manipuler précisément les agents.
C’est un splendide outil d’analyse des mécanismes
intimes
qui unissent la vigilance et la perception. |