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Lettre de l'Institut
Sommaire n°11 année 2009
 Insertion des personnes handicapées  Risques et complexité
 Éthique et technique  Traitement de l'information dans les systèmes complexes
 Intelligence économique
 Cerveaux et machines  Immatériel, Virtuel et Société
 
Immatériel, Virtuel et Société

 
par Jean-Louis Desvignes, général de division (2S); consultant expert auprès de Thalès; viceprésident de l'Institut F.R.Bull, et Bernard Lorimy, président, Lorimy et Associés S.A.

Le Groupe "Immatériel, Virtuel et Société" (IVS) a démarré ses travaux en 2008.

L’importance du facteur juridique dans nos travaux nous a conduit à accueillir comme premier intervenant Me Alain Bensoussan spécialisé depuis de nombreuses années dans les nouvelles technologies et qui a traité "les aspects juridiques et éthiques de la dématérialisation". En dépit d’une plaidoirie que nous pouvons qualifier de brillantissime, cet avocat de talent, en brûlant ce qu’il avait autrefois adoré comme la législation sur la signature électronique qui n’a pas connu en France le développement escompté (contrairement à nos partenaires étrangers), nous a cependant laissé sur une impression quelque peu confuse. Sans doute, la déception de voir végéter le marché des procès portant sur les nouvelles technologies le conduit-il aujourd’hui à nier comme il l’a fait l’existence, pourtant prouvée quotidiennement, de la fraude informatique et par voie de conséquence à nier l’utilité des mesures de protection. Sa démonstration osée, de validité d’un contrat électronique à travers un simple courriel (mail), fondée sur la transparence supposée de l’Internet a laissé sceptiques plusieurs d’entre nous : un simple clic, selon lui, équivaudrait au "tope-là" des maquignons échangé devant tout le monde sur la place du marché aux bestiaux ! Il faut dire que lorsqu’il est intervenu, l’arrêt de la cour de cassation que j’ai cité précédemment et qui précise certaines conditions de validité d’un document électronique n’avait pas encore été rendu.

Aussi après cet exposé décapant il nous a semblé bon d’écouter un nouveau discours juridique, moins haut en couleur car plus magistral et factuel, mais d’une très grande richesse. A travers son exposé intitulé "Informatique et libertés : nouveaux enjeux, nouvelles réponses" Madame Sophie Vuillet- Tavernier, directrice juridique de la CNIL nous a en effet d’abord rappelé les fondements de la loi informatique et liberté de 1978 à travers les grands principes originels, puis les évolutions induites par la loi de 2004. Elle a naturellement insisté sur le développement foudroyant des nouvelles technologies et de la prolifération des fichiers de toutes natures avec la tentation omniprésente de les interconnecter. L’actualité riche au cours des derniers mois (transfert des données personnelles vers les Etats-Unis pour les voyages aériens, projets de statistiques ethniques, développement débridé de la biométrie et de la RFID) ont superbement illustré ses propos et alimenté nos discussions. A l’instar du Président de la CNIL Alex Turc, celle-ci nous a exhorté à la vigilance afin de préserver nos libertés individuelles et notre vie privée.

Entre temps, parce que nous avions jugé qu’il était préférable d’alterner les thèmes liés à notre sujet, c'est le Pr Jean-Michel Salaün, directeur de l’école de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal qui nous a fait un exposé remarquable sur "les documents numériques et le bouleversement des modèles économiques". Le professeur Salaün nous a en effet d’abord montré comment l’industrie des contenus, même si elle suscite beaucoup de passions, représente des enjeux économiques bien inférieurs à l’industrie des contenants, disons les réseaux de télécommunication et l’informatique avec le "hard" qui va autour. Il nous a ensuite montré comment s’agissant de la première -les contenus- la distribution traditionnelle de ceux-ci a été détrônée avec la numérisation. L’effort aujourd’hui porte sur la captation de l’attention de l’amateur de lecture, de musique, de vidéo, etc. En effet, si avec la Presse on vendait des biens, avec le WEB on vend soit de l’attention, soit de l’accès. Naturellement le phénomène Google a été analysé tant dans sa genèse que dans ses conséquences. Il nous a ensuite montré comment le document avec la numérisation est en train de bouger pour arriver à la notion de redocumentarisation. Il nous a, pour finir, interpellé avec cette question cruciale : une antilope a qui on a greffé une puce est-elle devenue un document ? …

Enfin, plus récemment Eric Le Boucher, directeur de la rédaction Enjeux-Les Echos, nous a exposé les problèmes (mais aussi quelques solutions) de "La Presse, entre tradition du papier et l’explosion du Net" La Presse est sinistrée avec l’arrivée d’abord des "gratuits" même si ceux-ci souffrent aujourd’hui de la crise. L’arrivée du Net ensuite, avec ses avantages (efficacité, gratuité, rapidité, …) et la mode du zaping des jeunes dans tous les domaines n’ont fait qu’aggraver les choses. En revanche, les hebdos, spécialité française, se portent bien. Eric Boucher ne s’est pas privé de dénoncer le monopole des ouvriers du livre qui est une véritable calamité. Eric le Boucher a ensuite évoqué sa propre expérience de journal sur le WEB avec JM Colombani, SLATE. En détaillant les caractéristiques de ces nouvelles structures qui ne sont pas la version WEB d’un journal papier mais de "pur players". Tandis que la presse papier voit sa qualité baisser, car il y a de moins en moins de "plumes", eux cherchent à apporter de la valeur (ajoutée) aux événements déjà rapportés par d’autres. En effet ils ne font pas de reportage mais ont pour ambition de prendre de la hauteur et du recul par rapport à l’actualité. Actuellement cette forme de structure ne permet cependant pas de faire vivre plus de10 ou 15 personnes. Ex "Rue 89". Ils comptent sur le développement des Smart phones et des nouveaux e-books pour favoriser ce type de médium.