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par Jean-Louis Desvignes, général de division
(2S); consultant expert auprès de Thalès; viceprésident
de l'Institut F.R.Bull, et Bernard Lorimy, président, Lorimy
et Associés S.A.
Le Groupe "Immatériel, Virtuel et Société" (IVS)
a
démarré ses travaux en 2008.
L’importance du facteur juridique dans
nos travaux
nous a conduit à accueillir comme premier intervenant
Me
Alain Bensoussan spécialisé depuis de nombreuses
années dans les nouvelles technologies et qui a traité "les aspects juridiques
et éthiques de la
dématérialisation". En dépit d’une plaidoirie que nous pouvons qualifier de brillantissime,
cet avocat
de talent, en brûlant ce qu’il avait autrefois adoré comme la législation sur
la signature électronique
qui n’a pas connu en France le développement
escompté (contrairement à nos partenaires étrangers),
nous a cependant laissé sur une impression quelque peu confuse. Sans doute, la
déception de voir végéter le
marché des procès portant sur les nouvelles technologies
le conduit-il aujourd’hui à nier comme il l’a fait
l’existence, pourtant prouvée quotidiennement, de la fraude informatique et par
voie de conséquence à nier
l’utilité des mesures de protection. Sa démonstration
osée, de validité d’un contrat électronique à travers un simple courriel (mail),
fondée sur la transparence
supposée de l’Internet a laissé sceptiques plusieurs
d’entre nous : un simple clic, selon lui, équivaudrait
au "tope-là" des maquignons échangé devant tout le
monde sur la place du marché aux bestiaux ! Il faut
dire que lorsqu’il est intervenu, l’arrêt de la cour de
cassation que j’ai cité précédemment et qui précise
certaines conditions de validité d’un document électronique n’avait pas encore été rendu.
Aussi après cet exposé décapant il nous
a semblé bon d’écouter un nouveau discours juridique, moins
haut en couleur car plus magistral et factuel, mais
d’une très grande richesse. A travers son exposé intitulé "Informatique et libertés
: nouveaux enjeux,
nouvelles réponses" Madame Sophie Vuillet- Tavernier, directrice juridique de
la CNIL nous a en
effet d’abord rappelé les fondements de la loi
informatique et liberté de 1978 à travers les grands principes originels, puis
les évolutions induites par la loi
de 2004. Elle a naturellement insisté sur le
développement foudroyant des nouvelles technologies
et de la prolifération des fichiers de toutes natures
avec la tentation omniprésente de les interconnecter.
L’actualité riche au cours des derniers mois (transfert
des données personnelles vers les Etats-Unis pour
les voyages aériens, projets de statistiques ethniques,
développement débridé de la biométrie et de la RFID)
ont superbement illustré ses propos et alimenté nos
discussions. A l’instar du Président de la CNIL Alex
Turc, celle-ci nous a exhorté à la vigilance afin de
préserver nos libertés individuelles et notre vie privée.
Entre temps, parce que nous avions jugé qu’il était
préférable d’alterner les thèmes liés à notre sujet, c'est
le Pr
Jean-Michel Salaün, directeur de l’école de
bibliothéconomie et des sciences de l’information de
l’Université de Montréal qui nous a fait un exposé remarquable sur "les documents
numériques et le
bouleversement des modèles économiques". Le
professeur Salaün nous a en effet d’abord montré comment l’industrie des contenus,
même si elle suscite
beaucoup de passions, représente des enjeux économiques bien inférieurs à l’industrie
des
contenants, disons les réseaux de télécommunication
et l’informatique avec le "hard" qui va autour. Il nous
a ensuite montré comment s’agissant de la première -les contenus- la distribution
traditionnelle de ceux-ci
a été détrônée avec la numérisation. L’effort aujourd’hui porte sur la captation
de l’attention de l’amateur de
lecture, de musique, de vidéo, etc. En effet, si avec la Presse on vendait des
biens, avec le WEB on vend soit
de l’attention, soit de l’accès. Naturellement le phénomène
Google a été analysé tant dans sa genèse que
dans ses conséquences. Il nous a ensuite montré comment le document avec la numérisation
est en
train de bouger pour arriver à la notion de redocumentarisation. Il nous a, pour
finir, interpellé avec cette question cruciale : une antilope a qui on
a greffé une puce est-elle devenue un document ? …
Enfin, plus récemment Eric Le
Boucher,
directeur de
la rédaction Enjeux-Les Echos, nous a exposé les problèmes (mais aussi quelques
solutions) de "La
Presse, entre tradition du papier et l’explosion du Net" La Presse est sinistrée
avec l’arrivée d’abord des "gratuits" même si ceux-ci souffrent aujourd’hui de
la
crise. L’arrivée du Net ensuite, avec ses avantages
(efficacité, gratuité, rapidité, …) et la mode du zaping des jeunes dans tous
les domaines n’ont fait qu’aggraver
les choses. En revanche, les hebdos, spécialité française, se portent bien. Eric
Boucher ne s’est pas
privé de dénoncer le monopole des ouvriers du livre
qui est une véritable calamité. Eric le Boucher a
ensuite évoqué sa propre expérience de journal sur le WEB avec JM Colombani,
SLATE. En
détaillant les caractéristiques de ces nouvelles structures qui ne sont pas la
version WEB d’un
journal papier mais de "pur players". Tandis que la
presse papier voit sa qualité baisser, car il y a de moins
en moins de "plumes", eux cherchent à apporter de la
valeur (ajoutée) aux événements déjà rapportés par
d’autres. En effet ils ne font pas de reportage mais ont pour ambition de prendre
de la hauteur et du
recul par rapport à l’actualité. Actuellement cette forme de structure ne permet
cependant pas de faire
vivre plus de10 ou 15 personnes. Ex "Rue 89". Ils
comptent sur le développement des Smart phones et des nouveaux e-books pour favoriser
ce type de
médium. |