|
Quand on oublie le
principal
Par Albert Ducrocq.
A
tout instant, quelque 1000 avions sont en vol. Imaginez
que, sous prétexte
de faire cesser sur-le-champ toute perturbation de l'environnement,
l'ordre leur soit intimé d'arrêter leurs moteurs
: ce sera le crash entraînant la mort de leur
population.
Pareillement, nous assisterions à un crash social s'il nous fallait,
pour l'ensemble de nos activités, renoncer aux moyens industriels.
La catastrophe débuterait par un tsunami de chômage qui emporterait
nombre d'institutions.
Or c'est bel et bien vers
une telle situation que l'on se dirigerait si l'on écoutait
ceux - nombreux aujourd'hui - dont le discours, pas toujours
exempt d'appel à la violence, tend à présenter
les industries comme les grandes responsables de nos maux.
On vante les temps, dits heureux, où l'homme se nourrissait de la cueillette,
de la pêche et de la chasse.
Mais notre monde était alors peuplé de quelques centaines de
milliers d'êtres de sorte que chacun pouvait bénéficier
des ressources offertes par des centaines d'hectares.
Actuellement la terre compte 6 milliards d'individus et si l'on estime à 6
milliards d'hectares la surface utilisable des continents, le calcul est simple.
Ce sera seulement un demi-hectare si la population mondiale atteint demain
12 milliards d'hommes.
Ceux qui préconisent de vivre comme autrefois raisonnent comme s'ils étaient
sur une terre dont la superficie aurait augmenté en même temps
que sa population.
C'est parce que la Terre
n'est pas élastique qu'une industrie est nécessaire
- elle fait entrevoir de pouvoir très bien se contenter
de moins d'un demi-hectare par habitant -, ce nom d'industrie
devant être donné à l'appareil par
lequel les substances, alimentaires ou autres, sont obtenues,
collectées, conditionnées, distribuées
de manière à apporter à chacun beaucoup
plus que ce sur quoi il aurait a priori pu compter. Elle
est l'interface entre notre planète et nous.
Qu'elle doive être
gérée de manière à remplir
au mieux ce rôle dans ses deux aspects - homme-industrie
et industrie-terre -, c'est une évidence.
Mais l'avenir est là,
dans une industrie qui, après l'animal de trait,
le charbon et l'électricité, est entrée
dans une ère informatique faisant entrevoir qu'elle
soit auto-gouvernable à la lumière des directives
que nous lui donnerons.
Ainsi y a t-il mieux à faire
que de la combattre, la dénigrer ou seulement l'ignorer,
la jeune génération étant très
sensible au fait que les hommes politiques n'aient guère
de propos pour souligner ce rôle de l'industrie et
vanter ses côtés positifs.
Car ils l'emportent largement.
Non contente d'avoir donné à un très
grand nombre d'hommes ce qu'Allain appelait la chance de
vivre, l'industrie a augmenté leur espérance
de vie : quelque 80 ans aujourd'hui dans nos régions.
En raison d'une meilleure hygiène , d'une prévention
des maladies et d'une alimentation plus saine, affirme-t-on.
Assurément. Mais ces facteurs eurent pour dénominateur
commun un apport industriel fondamental.
Il s'est accompagné d'un
développement des techniques et d'une excellence
des recherches, là étant son autre contribution
majeure : l'industrie a permis à l'homme de se surpasser,
lui assurant l'accès à une prodigieuse vie
culturelle. Un fabuleux univers de signes a été enfanté.
Ce sont là des lieux
communs, direz-vous. Peut-être. Mais en cette rentrée
2001-2002, vous les chercheriez en vain dans un manuel
scolaire.
|