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Réflexions sur
les provisions et non valeurs (Write-offs) dans les sociétés
high-tech
Par Jacques Ninet.
Pendant les deux dernières
années du " bull market " et particulièrement
entre l'automne 1999 et le printemps 2000, l'actualité bruissait
de " success stories " boursières : telle
entreprise, de la high tech, de l'Internet ou de la bio
technologie, affichant 1 million de chiffre d'affaires
et 2 voire 10 millions de pertes, introduite en bourse à 20,
50 ou 100 millions, valait aisément cinq ou dix
fois plus, quelque temps après.
Chacun ou presque pouvait se vanter d'avoir en portefeuille
une start-up grâce à laquelle il avait en
peu de temps décuplé -au moins- sa mise.
Le chiffre d'affaire moyen annuel des 505 valeurs introduites
sur le marché américain en 1999 était
de 22 millions de dollars et la perte moyenne de 13 M USD.
Sur ce marché où ont été levés
66 milliards de dollars, soit 6 fois le CA existant (!),
la performance moyenne des titres sur le prix d'introduction
s'élevait, à mi-décembre 99, à plus
de 150% !
Parallèlement les capitalisations boursières
des stars du Nasdaq, Microsoft et Cisco, dépassaient à elles
deux les mille milliards de dollars, tandis que leurs rivales
plus jeunes - Lucent, Dell - intégraient le club
sélectif des capitalisations supérieures à cent
milliards de dollars.
Les rares esprits encore capables de s'insurger contre
l'énormité de ces chiffres étaient
alors (au mieux) qualifiés de rétrogrades
et de grincheux. Le marché n'a-t-il pas par principe
toujours raison ? Et tant que la demande est là, à quoi
bon s'inquiéter ?
Aujourd'hui c'est à une autre course aux records
que se livrent la plupart de ces mêmes acteurs. Cisco,
Lucent, Nortel, JDS Uniphase ont fait reculer l'un(e) après
l'autre les limites de pertes qu'une société privée
(dans une grande économie libérale) peut
(se permettre d') afficher.
Notre propos n'est pas ici de savourer une quelconque
revanche, mais de continuer à nous étonner
de l'indifférence que suscite la monstruosité de
ces chiffres.
Bien sûr on objectera qu'il ne s'agit, pour l'essentiel que de destruction
de richesse virtuelle.
Dans toute acquisition réalisée par voie
d'OPE, le prix nominal de la transaction n'a qu'une importance
secondaire.
Seule compte la parité d'échange sur laquelle s'entendent les
porteurs d'actions des deux parties.
Les prix de marchés ne sont dans cette négociation
que des éléments d'appréciation (on
se rappelle que dans la fusion AOL-Time Warner, la parité était
supérieure de 70% à ce qu'indiquaient les
rapports de cours, en faveur des " absorbés ".
Ce prix sert en revanche, comptablement, à l'enregistrement de l'acquisition
dans les comptes de la société absorbante.
Dans le cadre de leur croissance externe tous azimuts,
les sociétés vedettes du secteur high-tech
ont profité des valorisations exubérantes
du marché pour gonfler leurs bilans en intégrant
d'autres affaires, valorisées elles aussi de manière
extravagante. C'est exactement ce que décrivait
Michel Bon, PDG de France Télécom lorsqu'il
qualifiait ses actions d'Assignats au moment de la mise
sur le marché de Wanadoo (entretien au " Monde " 03
mars 2000).
Une fois ces valorisations revenues sur terre, c'est à dire
dans bien des cas après des replis de l'ordre de
90%, les sociétés absorbantes n'ont d'autre
recours que de constater la non-valeur correspondant à ces
acquisitions.
Ainsi JDS, qui, il y a encore cinq ans, n'était
qu'une " petite " société avec
un chiffre d'affaires de 40 millions de dollars, a réalisé sur
les deux dernières années une dizaine d'acquisitions
pour un total de 39.2 milliards, lui permettant de porter
son CA à 3,2 milliards ( !) pour le dernier exercice.
Ce sont 38,7 milliards de ces achats qui viennent d'être
passés en non-valeur…
L'effarant reste que de tels chiffres n'amènent
pas à une réflexion un peu plus critique à l'égard
du management stratégique de ces firmes.
De même lorsque telle grande banque européenne
annonce remettre sur le marché la filiale de brokerage
on-line qu'elle a payé plus de huit cent millions
de dollars il y a un ou deux ans, personne ne s'interroge,
a posteriori, sur la justification d'un tel prix…
L'irrationnel n'est donc plus réservé à la
bourse !
Il est clair pourtant que la seule justification à ces
errements, c'est le temps, la peur que dans la nouvelle économie, économie
de l'urgence et de la précipitation, on ne puisse
plus être ou premier ou second ou cinquième,
mais seulement premier ou éliminé, qu'il
s'agisse de maîtrise de la technologie ou de part
de marché. Les dirigeants qui ont mené ces
opérations aujourd'hui parties en fumée l'ont
fait sous la contrainte de ce postulat. En reconnaissent-ils
aujourd'hui l'absurdité ? |