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Archives de la Lettre de l'Institut
Sommaire n°1 octobre 2001
 Editorial  Cerveaux et machines
 Complexité et sécurité  Technologie pour l'informatique
 L'informatique vue par l'entreprise  Ethique et technique
 
Cerveaux et machines
 

La neuroscience peut-elle cerner la conscience et les inconscients ?

C'est le thème de l'intervention à l'Institut, le 20 septembre, du professeur Pierre Buser de l'Académie des Sciences : ce neurologiste fondamental souligne qu'après une approche behavioriste qui préconisait d'étudier les comportements en ignorant la référence mentale, celle-ci est désormais prise en compte.

Depuis deux décennies, on s'intéresse à la conscience regardée comme l'aperception d'une classe d'événements cérébraux.

Elle exige la vigilance dont les systèmes connexionnistes simulent les deux aspects (pré-attention rapide à large bande, focalisation avec une exploration lente).

Elle ne peut être localisée même si l'imagerie médicale montre les sites du cerveau directement concernés lors de ses différentes activités.

Enfin le phénomène de conscience ne saurait être considéré comme propre à l'homme puisque certains singes ont une conscience réflective, comprennent des symboles et semblent prêter des intentions aux autres.

Animal et machine: les poissons ressentent-ils la douleur ?

Par Georges Chapouthier, directeur de recherche au CNRS.

C'est un scientifique (Rose, 1999-2000) qui l'affirme : les poissons ne ressentent pas la douleur, et l'argument a été évidemment repris par les sociétés de pêche. Il repose sur le fait que, contrairement aux vertébrés à sang chaud que nous sommes, les poissons ne possèdent pas cette partie du cerveau qu'on appelle le " néocortex ". Comme le néocortex est le siège principal de la conscience chez l'homme, les poissons sont considérés comme inconscients.

Implicitement ils sont donc peu ou prou comme des machines et nous voici revenus un instant à l'époque où Descartes et Malebranche affirmaient que les animaux étaient des automates !

Or l'argument du néocortex est très incomplet.

Quel scientifique peut affirmer que le " cortex ancien ", qui est celui des poissons n'aboutit pas à une sorte de conscience, différente de la nôtre ?

Et ce particulièrement dans un cerveau où les fonctions de ce cortex ancien n'ont pas été remplacées par celles du néocortex.

Quel scientifique peut, à propos de la conscience, défendre autre chose que son apparition par paliers au cours de l'évolution des espèces ?

Qui peut encore défendre ce cartésianisme qui voudrait séparer radicalement l'homme de ces ancêtres animaux?

Vouloir étayer la morale par des arguments scientifiques peut être fructueux. Encore faut-il que ces arguments ne soient pas présentés de façon dangereusement simpliste.