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Terreur
et émerveillement
Par Jean Michaud (Conseiller-Doyen
Honoraire de la Cour de Cassation).
La science parcourt son chemin à vive
allure. On assiste même dans la dernière partie
du XXème siècle à une spectaculaire
accélération. La constatation peut en être
faite en maints domaines.
La biologie en donne sans
doute la meilleure illustration.
Citons : l'assistance médicale à la
procréation qui permet de créer de la vie
humaine en laboratoire ; les diagnostics préimplantatoire
et prénatal grâce auxquels on peut déceler
des affections avant même que l'être qu'elles
atteignent ne vienne au monde, avant même qu'il soit
davantage que quelques cellules ; la génétique
qui décrypte quelques uns des mystères de
l'homme pour en tirer d'immenses conséquences.
Ce ne sont là que
des exemples . Ils contribuent à fortifier la confiance
en la science, en sa mission qui doit tendre à l'amélioration
de la condition humaine.
On s'émerveille !
Mais la médaille a son revers. La maîtrise
de la procréation peut conduire au clonage, les
nouveaux diagnostics à la prédétermination
de l'homme; la génétique à l'eugénisme.
On s'inquiète! C'est
de ces deux pôles contradictoires que la société doit
prendre conscience en menant une réflexion éthique.
Elle doit apprendre à distinguer
ce qui la sert de ce qui la menace, à discerner
les bienfaits des périls.
Entre les espoirs irraisonnés et les terreurs chimériques, il
y a une mesure à trouver.
C'est un défi majeur auquel se trouve confronté l'homme du XXIème
siècle.
Vieillissement et
société
Par le Dr L.ROBERT (Laboratoire
de recherche ophtalmologique, Hôtel-Dieu, Paris).
L'espérance de vie a
fortement augmenté au cours du XXe siècle,
en particulier à la suite des progrès de
la médecine préventive, à l'hygiène
alimentaire, sans que l'on puisse invoquer un changement
quelconque du génome humain, ce qui enlève
un argument définitif aux déterministes qui
lui attribuent le contrôle total de la durée
de la vie.
Des conformations génétiques
particulières peuvent par contre favoriser des maladies
qui l'abrègent. L'espérance de vie sans handicap
a également augmenté mais nettement moins
vite.
La recherche sur les mécanismes
du vieilissement n'avance qu'aux USA, l'investissement
dans ce domaine est encore très faible en Europe.
Avec l'augmentation importante
de la population âgée (plus de 65 ans) ont
augmenté aussi les problèmes de prise en
charge des maladies liées à l'âge :
maladies ostéo-articulaires, cardio-vasculaires
et démences, pour ne mentionner que les plus importantes.
J'ajoute à ces problèmes
celui des retraites qui va devenir difficilement gérable
dans quelques décennies à cause de la baisse
de la fertilité partout dans le monde.
Le seul remède serait à mon
avis un investissement très fort dans la recherche
fondamentale et clinique sur les mécanismes et les
maladies liées à l'âge. Et ce d'autant
plus que le contrôle du tabagisme, de l'embonpoint,
du diabète de l'adulte (bientôt 5% de la population)
ainsi que de certains cancers et des démences liées à l'âge
présenteront encore une sérieuse limite à la
durée de vie sans handicap et une surcharge considérable
pour le budget de l'état et des ménages. |