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Imitation ou convergence
?
par Claude HANNOUN, président
de l'Institut F. R. Bull, professeur honoraire à l'Institut
Pasteur.
Dans ma pratique de l'enseignement
de la virologie générale, j'ai souvent eu à définir
simplement, pour des auditoires non avertis, la notion
de virus et pour cela, j'ai fait appel à différentes
analogies. J'ai trouvé que l'une des comparaisons
les meilleures et les plus claires était de faire
allusion aux "virus" informatiques.
Tous les
jeunes (et quelques uns des moins jeunes) présents
devant moi savaient ce que c'était, savaient plus
ou moins comment ça marchait et pouvaient ainsi
comprendre comment un virus, un vrai, peut entrer dans
une cellule, l'infecter, s'y reproduire et en sortir.
Il
faut dire que les similitudes vont très loin: les
parties de message codé donnant des indications
techniques, les signaux d'initiation ou de fin de message
sont communs aux deux systèmes; les mécanismes
de section, d'épissage ou de ligation du support
du message codé sont analogues dans les deux cas,
au moins dans leurs principes.
Il
est évidemment tout à fait paradoxal d'expliquer
un modèle par son imitation. Mais les créateurs
de ces virus connaissaient-ils la microbiologie et
la virologie ?
Ont-ils créé ces éléments
de novo ou en assimilant sciemment l'ordinateur à une
cellule utilisant un code pour définir ses
actions spécifiques?
Et les analogies sont-elles
venues en plus, par chance ?
L'homme s'est souvent inspiré de la nature pour
concevoir et développer des objets utiles.
On pense évidemment
dans ce domaine à Léonard de Vinci, aussi
génial artiste qu'inventeur, qui dès le XVIème
siècle, s'était fait le théoricien
de l'imitation de la nature, le biomimétisme.
Par
exemple, dans ses cahiers, illustrés de plans et
de croquis, il rapporte ses recherches orientées
vers l'imitation mécanique du vol des oiseaux pour
s'attaquer au problème du vol du plus lourd que
l'air. Il invente aussi l'hélice dont rien dans
la nature n'avait pu, à l'avance donner l'idée,
sauf peut-être, a contrario, l'observation du fruit
de l'érable dont la rotation freine la chute. Il
avait trouvé que l'observation de la nature fournissait
des modèles dont l'étude et l'approfondissement
pouvaient contribuer à leur tour à développer
des applications mais aussi conduire à une meilleure
compréhension du fonctionnement du modèle
lui-même.
Ce mode de raisonnement a été largement utilisé depuis
car il peut s'étendre à bien d'autres domaines
que ne connaissait pas Léonard (d'avions, de navires,
de radars, d'ordinateurs..) et il connaît aujourd'hui
un regain d'intérêt.
Ainsi, l'observation peut porter sur les
formes, sur la perception et le traitement
des informations sensorielles, à la
découverte de mécanismes de plus en plus
compliqués et subtils, aux fonctions de commande
et d'évolution.
Par exemple, en étudiant
le sonar des chauves-souris, on peut observer la modification
de la forme et de l'orientation du mouvement des oreilles
destinée à améliorer la précision
de la détection et on peut chercher à copier
ces mécanismes grâce à une technologie
miniaturisée (projet CIRCE).
Cette approche favorise
une compétition et une émulation conduisant à des
progrès parallèles de la connaissance et à des
développements originaux.
Les expressions "traitement du signal, codage/décodage,
lecture, messagers, transmetteurs, médiateurs, facteurs
d'initiation" sont communes à la nature et à certaines
constructions humaines et elles y ont des significations
analogues, y compris dans l'informatique.
Dans ces cas, il est clair que l'observation
engendre l'imitation mais est-ce toujours le
cas ? Les inventions humaines dépendent-elles
toujours de modèles naturels ? Est-ce toujours sciemment
ou peut-il s'agir de convergences, le nombre des solutions
restant limité ?
En d'autres termes, peut-on dire que l'imagination
des scientifiques imite la nature, la redécouvre ou
la réinvente ?
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