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Nouvelles perspectives
pour l'imagerie cérébrale fonctionnelle
Intervention de Denis Le Bihan, membre
de l'Académie des Sciences, directeur de l'Unité de
Neuro-imagerie du CEA, Orsay.
L'imagerie par résonance magnétique nucléaire
fonctionnelle (IRMf) permet de révéler
les régions du cerveau précisément
activées dans le fonctionnement psychologique étudié simultanément
par les méthodes appropriées. Notre collègue, Denis Le
Bihan, dont l'œuvre vient d'être récompensée par
le Grand Prix scientifique de l'Institut de France a tout d'abord rappelé le
principe de cette technique :
Quand les neurones d'une région cérébrale spécialisée
s'activent pour traiter une information, l'énergie nécessaire à cette
activation provient essentiellement du sucre et de l'oxygène pour brûler
celui-ci. Ces éléments, non stockés dans les neurones, sont
alors captés dans les vaisseaux sanguins voisins, l'oxygène est
libéré à partir de l'hémoglobine portée par
les globules rouges ; c'est cette libération qui est visualisée
par l'IRM et constitue un témoin certain bien qu'indirect, de l'activation
des neurones.
En effet, sous un champ magnétique intense la magnétisation de
l'hémoglobine qui a libéré son oxygène (déoxyhémoglobine)
diffère de l'oxyhémoglobine.
En réalité la création du signal RMN se fait en deux temps.
Le cerveau est placé dans un puissant champ magnétique qui aligne
les noyaux des atomes dans l'axe du champ. Un deuxième champ magnétique
oscillant dans la gamme des hautes fréquences radio perturbe l'équilibre
en entraînant une " résonance nucléaire ". Quand
l'excitation cesse, le système ainsi perturbé revient à l'équilibre
et réémêt un signal dit " temps de relaxation ".
C'est à partir de ce signal que l'image va être construite.
Mais cette méthode est limitée, actuellement, dans ses résolutions
spatiales (de l'ordre du millimètre) et temporelles (de l'ordre de la
seconde) avec l'intensité des champs magnétiques utilisés
: 1,5 Tesla (15.000 Gauss) en milieu hospitalier et 3 Tesla (T) dans les centres
de recherche ; et avec des radio -fréquences de 64 Mhz.
Le défi du projet européen d¹un Centre de neuro-imagerie " Neurospin " qui
a été confié à Denis Le Bihan, est d'installer un " plateau
technique " équipé d'outils d'une puissance à ce jour
inégalée, entièrement destinés à l'étude
du cerveau humain, normal et malade. On veut atteindre des champs de l'ordre
de 10 T pour l'Homme (17 T pour la souris) ainsi que des fréquences d'oscillation
de 500Mhz. Le défi est aussi de regrouper dans ce centre, à l'image
de ce qui existe déjà, à plus petite échelle, au
Service Hospitalier Frédéric Joliot, des équipes pluridisciplinaires
et internationales : physiciens, informaticiens biologistes, neurologues,
psychologues, ce qui constituera un effectif de 160 personnes.
Neurospin sera implanté sur les terrains du CEA, à Saint Aubin,
entre Saclay et Orsay. Ce vaste projet est très avancé et son démarrage
est prévu pour l'année prochaine.
Par Vincent BLOCH |