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par Vincent Bloch, professeur émérite
de neurosciences, Université de Paris-Sud (Paris
XI).
En janvier 2006, c’est un historien
des Sciences, Jean-Claude Dupont qui est venu nous parler
de l’histoire d’une querelle de Claude Bernard à nos
jours : « Le cerveau, machine chimique ou électrique
? »
Dès le milieu du 19ème siècle la vitesse
de propagation de l’influx nerveux avait pu être
mesurée, et le principe même de la conduction
fut énoncé comme reposant sur une excitation électrique
se reproduisant de proche en proche. Mais beaucoup plus
tardive fut la recherche du mécanisme de transfert
vers l’organe commandé (muscle ou glande)
ou entre les neurones eux-mêmes, quand on eût
reconnu l’existence d’une discontinuité entre
ceux-ci. Cet intervalle est-il franchi grâce aux
courants induits, ou un intermédiaire chimique assure-t-il
le transfert ? Ceci a fait l’objet de débats
véhéments depuis Claude Bernard jusqu’au
milieu du 20ème siècle. Les méthodologies
mises en oeuvre par les partisans des deux camps, dans
la recherche d’arguments convaincants, est d’un
très grand intérêt pour l’épistémologue.
En mars nous avons entendu un des pionniers de la génétique
des comportements, Pierre Roubertoux, psychologue et biologiste,
traiter
«
De l’ADN à la cognition ».
Des gènes et des facteurs d’environnement
virtuels ont été proposés pour rendre
compte des différences de QI, mais aucun gène
ou mécanisme d’environnement n’a été trouvé.
Pourtant, cette conclusion n’exclut pas que des gènes
puissent agir sur les capacités psychologiques.
Des syndromes génétiques associés à des
troubles cognitifs ainsi que le recours à des souris
génétiquement modifiées (par ajout
ou invalidation de gènes) montrent le lien entre
des gènes séquencés ou clonés
et la cognition. Il est possible de partir de la structure
moléculaire du gène pour comprendre
comment une mutation joue sur le fonctionnement du neurone
et d’en poursuivre les conséquences jusqu’au
niveau intégrateur et à la cognition. Des
résultats, en particulier sur la trisomie 21, obtenus
tant avec les techniques de biologie moléculaire
qu’avec celles de l’imagerie cérébrale,
illustrent les possibilités offertes par la neurogénétique
cognitive ».
C’est en mai que notre collègue Jean-Sylvain
Liénard, informaticien, est venu répondre à la
question :
«
Faut-il vraiment deux oreilles pour séparer les
sons ? ».
Notre environnement quotidien comporte de multiples sources
sonores, que l’auditeur peut sélectionner
en repérant leur position dans l’espace. Même
lorsque plusieurs sons viennent de la même direction,
l’auditeur est encore capable de porter son attention
sur l’un d’eux et d’ignorer les autres.
C’est l’effet dit de « cocktail party ».
Sa compréhension constitue l’un des objectifs
majeurs de l’activité multidisciplinaire appelée
Analyse des Scènes Auditives (ASA).
Le regroupement perceptif des sensations élémentaires
en « flux auditifs », est l’équivalent
auditif des« formes » du monde visuel. De nombreuses études
sont menées pour comprendre les mécanismes
perceptifs de formation des flux à partir de sons élémentaires
successifs ou simultanés.
Les ingénieurs du traitement de l’information
s’intéressent aussi à l’ASA,
en vue d’améliorer leurs systèmes de
transmission du son et de reconnaissance de la parole qui, à l’opposé du
sujet humain, sont complètement déroutés
dès que plusieurs voix se superposent. Tous ces
travaux confortent l’idée
selon laquelle la perception n’est pas un simple
reflet du monde extérieur, mais une recherche active,
anticipatrice, située et sélective de l’information
jugée.
«
Les réparations du cerveau : plasticité naturelle
et greffes de tissu », tel a été le
thème de la réunion de septembre, animée
par Bruno Will, psychophysiologiste.
La lésion d’une région particulière
du cerveau est souvent suivie, avec un délai de
durée variable, d’une récupération
partielle ou totale des fonctions associées à cette
région. Ceci n’est pas dû à la
reconstitution à l’identique de la circuiterie
initiale mais à la création d’une nouvelle
organisation substitutive. Quels sont les mécanismes
et les conditions de cette réparation et peut-on
les faciliter ou même les provoquer ? Les réponses à ces
questions ont été apportées par
Bruno Will.
Il a aussi traité de l’important problème
thérapeutique actuel des greffes de tissu nerveux
chirurgicalement implantées : l’expérimentation
animale permet de connaître les conditions de la « prise » de
ces greffes par le constat de la récupération
fonctionnelle sur le plan électrophysiologique,
corrélativement à celui du comportement.
Le conférencier nous a fait part de sa nouvelle
méthode qui renforce la probabilité de succès
de ces greffes. Il a montré aussi que, quels que
soient les mécanismes sous-jacents de la récupération
fonctionnelle (reconstruction de synapses par des axones
distants, naissance de nouveaux neurones à partir
de cellules souches, ou greffes) cette récupération
est facilitée par l’enrichissement du milieu
dans lequel vivent les sujets porteurs de lésion,
enrichissement auquel ils répondent par une activité comportementale
accrue.
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