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Lettre de l'Institut
Sommaire n°9 année 2007
Articles extraits du rapport d'activités adopté par l'Assemblée générale ordinaire du 29 mai 2007.
 Insertion des personnes handicapées  Éthique et technique
 Cerveaux et machines  Intelligence économique
 Traitement de l'information dans les systèmes complexes  Risques et complexité
 
Intelligence économique (IE)


par l'Amiral Pierre Lacoste, ancien directeur général de la sécurité extérieure.

La réunion inaugurale a eu lieu le 27 avril 2006, avec la participation de M. Alain Juillet. Nul n’était mieux placé que lui pour nous présenter l’état actuel de l’Intelligence économique puisque c’est à la suite du rapport commandé par M. Raffarin au Député Bernard Carayon au début de 2004, qu’il avait été chargé de relancer et de coordonner toutes les initiatives qui s’étaient développées en France depuis plusieurs années.

Il nous a d’abord rappelé que l’IE n’est pas une science, mais un concept destiné à relever les défis d’un nouveau monde et d’un nouveau siècle, à un moment où la suprématie des nations du monde occidental est de plus en plus vivement concurrencée par les puissances asiatiques émergentes. Pour survivre, pour être capables de faire encore la course en tête, pour conserver nos capacités de recherche et d’innovation, nous devons réviser nos habitudes et chercher à devenir toujours plus performants. Les progrès réalisés par nos concurrents, dans le cadre de la mondialisation, ne nous permettent plus de « piloter à vue ». Faute de quoi nous pourrions bien connaître le destin qui nous est annoncé par certains des néo-conservateurs américains : ne devenir au 21ème siècle qu’un gigantesque « Disneyland » visité par les touristes des Etats-Unis, de la Chine et de l’Inde…

Des échanges qui ont suivi sa présentation je ne retiendrai ici que quelques idées forces : - il faut revenir à une vision prospective et volontariste pour prendre collectivement la mesure des défis posés par la protection et la promotion de notre patrimoine matériel et immatériel face à des adversaires déterminés et compétents ; - il faut développer des actions collectives fondées sur des problématiques nouvelles ; alors que nos concurrents ont réalisé, notamment en matière d’éducation et de formation, des avancées quantitatives et qualitatives considérables, nous sommes particulièrement en retard dans ces domaines.

Parmi les autres points critiques, on a mentionné : - les partenariats publics / privés ; - les frontières entre les métiers de l’IE proprement dite et ceux de la sécurité et de la protection ; - les pratiques illégales, à nos yeux, de certains de nos concurrents qui n’hésitent cependant pas à les mettre en oeuvre ; - les conditions spécifiques du partenariat entre l’Europe et les Etats-Unis…

Depuis avril 2006, M. Alain Juillet a continué de déployer une intense activité pour expliquer, pour promouvoir et pour organiser la mise en oeuvre de l’intelligence économique à tous les niveaux de l’administration et des services publics et para-publics.

M. le préfet Pautrat, un des tout premiers promoteurs de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’Intelligence Territoriale », est intervenu le 22 juin 2006. Après avoir relancé les initiatives d’IE, depuis Matignon comme collaborateur de M. Michel Rocard, il les a mises en application sur le terrain dans ses responsabilités préfectorales successives, en Essonne, dans la Région Basse Normandie et dans la Région Nord-Pas de Calais. Il est convaincu que les sources vives du dynamisme national se trouvent dans les petites et moyennes entreprises, dans les savoir-faire et dans le dynamisme des entrepreneurs locaux. Il pense qu’il faut anticiper et les aider à s’organiser très en amont pour leur permettre de bénéficier des avantages du travail en réseaux. Au Ministère de l’intérieur et des collectivités locales, il a milité pour la création des « pôles de compétitivité » et pour les inscrire dans la dynamique européenne. L’Etat stratège ne doit plus imposer, mais définir les règles du jeu national, proposer des initiatives, contrôler la conformité, sur l’échiquier socio-économique, des règles définies démocratiquement.

Des échanges qui ont émaillé sa présentation, voici quelques sujets caractéristiques de l’intérêt de cette présentation : - constats des retards et des blocages de la société et des administrations françaises ; - importance des nouvelles formes de partenariat public / privé ; - sécurité des systèmes d’information ; - stratégies d’influence ; - exemples de réussites spectaculaires comme en Irlande ou au Canada.

Le 7 novembre 2006 : « La comparaison des expériences françaises et étrangères » ; c’est un autre des pionniers de l’Intelligence économique qui s’est exprimé devant notre groupe de réflexion. Après avoir été en charge de ces questions au Secrétariat Général de la Défense Nationale, Philippe Clerc n’a cessé de militer très activement dans diverses instances. Maintenant délégué à l’Association française des Chambres de commerce et de l’industrie (AFCCI), il anime ce réseau essentiel de notre économie pour contribuer à l’information, à la sensibilisation et à la formation de nos entrepreneurs. Président de l’Association française pour le développement de l’Intelligence économique (AFDIE), il est constamment appelé à intervenir, en France comme à l’étranger, comme conférencier et comme consultant. Il a aussi connu toutes les « batailles bureaucratiques » de ces dernières années, les retards et souvent les querelles paralysantes et la dispersion des efforts qui caractérisent la société française.

Parmi les points essentiels de sa présentation et de ses réponses aux remarques de l’auditoire je retiens ici :
- une définition de l’intelligence comme capacité de compréhension et d’analyse des informations et des connaissances ; - l’importance du décryptage des environnements ; - la nécessité de procéder en temps réel à des diagnostics objectifs et actualisés. A la suite de ses nombreux voyages, il évoque les exemples étrangers qu’il connaît bien, ceux du Japon et des Etats-Unis, ceux d’autres communautés actives d’animateurs et de praticiens. Il a regretté que la France ait renoncé, pendant les années cruciales où les transformations du monde se sont accélérées, aux pratiques de la prospective et de l’évaluation que nous avions pourtant été parmi les premiers à promouvoir.

Je retiens aussi son insistance : - sur les questions de formation et d’enseignement ; - sur les stratégies d’influence ; - sur les cultures stratégiques propres à chacun de nos compétiteurs ; - sur nos carences, encore trop fréquentes, en matière de confidentialité et de protection efficace, notamment au sujet des nouveaux pôles de compétitivité ; - et enfin sur l’urgente nécessité de remettre en honneur les pratiques de responsabilité et d’autorité dans une conscience partagée des menaces qui pèsent sur la compétitivité et sur l’avenir du tissu économique et social de notre pays.