CERVEAUX ET MACHINES, animé par
Vincent Bloch, professeur émérite de neurobiologie, Université de
Paris-Sud (Paris XI).
La vocation de notre groupe est, d'une part, de savoir
si les connaissances actuelles sur le fonctionnement du cerveau peuvent
inspirer les concepteurs de machines. A l'inverse il s'agit aussi d'estimer
si les dispositifs imaginés par les informaticiens et les roboticiens
peuvent suggérer des modèles explicatifs aux spécialistes
des neurosciences.
Une année de conférences...
En janvier c’est un historien des Sciences, Jean-Claude
Dupont qui est venu nous parler de l’histoire d’une querelle
de Claude Bernard à nos jours : « Le cerveau, machine chimique
ou électrique ? »
Dès le milieu du 19ème siècle la vitesse de propagation
de l’influx nerveux avait pu être mesurée, et le principe
même de la conduction fut énoncé comme reposant sur
une excitation électrique se reproduisant de proche en proche
Mais beaucoup plus tardive fut la recherche du mécanisme de transfert
vers l’organe commandé (muscle ou glande) ou entre les neurones
eux-mêmes, quand on eût reconnu l’existence d’une
discontinuité entre ceux-ci. Cet intervalle est-il franchi grâce
aux courants induits, ou un intermédiaire chimique assure-t-il
le transfert ? Ceci a fait l’objet de débats véhéments
depuis Claude Bernard jusqu’au milieu du 20ème siècle.
Les méthodologies mises en oeuvre par les partisans des deux camps,
dans la recherche d’arguments convaincants, est d’un très
grand intérêt pour l’épistémologue.
En mars nous avons entendu un des pionniers de la génétique
des comportements Pierre Roubertoux, psychologue et biologiste, traiter « De
l’ADN à la cognition »
Des gènes et des facteurs d’environnement virtuels ont été proposés
pour rendre compte des différences de QI, mais aucun gène
ou mécanisme d’environnement n’a été trouvé.
Pourtant, cette conclusion n’exclut pas que des gènes puissent
agir sur les capacités psychologiques. Des syndromes génétiques
associés à des troubles cognitifs ainsi que le recours à des
souris génétiquement modifiées (par ajout ou invalidation
de gènes) montrent le lien entre des gènes séquencés
ou clonés et la cognition. Il est possible de partir de la structure
moléculaire du gène pour comprendre comment une mutation
joue sur le fonctionnement du neurone et d’en poursuivre les conséquences
jusqu’au niveau intégrateur et à la cognition. Des
résultats, en particuliers sur la trisomie 21, obtenus tant avec
les techniques de biologie moléculaire qu’avec celles de
l’imagerie cérébrale, illustrent les possibilités
offertes par la « neurogénétique
cognitive ».
C’est en mai que notre collègue Jean-Sylvain Liénard,
informaticien, est venu répondre à la question ; « Faut-il
vraiment deux oreilles pour séparer les sons ? ».
Notre environnement quotidien comporte de multiples sources sonores,
que l’auditeur peut sélectionner en repérant leur
position dans l’espace. Même lorsque plusieurs sons viennent
de la même direction, l’auditeur est encore capable de porter
son attention sur l’un d’eux et d’ignorer les autres.
C’est l’effet dit de « cocktail party ». Sa compréhension
constitue l’un des objectifs majeurs de l’activité multidisciplinaire
appelée Analyse des Scènes Auditives (ASA).
Le regroupement perceptif des sensations élémentaires en « flux
auditifs », sont l’équivalent auditif des « formes » du
monde visuel. De nombreuses études sont menées pour comprendre
les mécanismes perceptifs de formation des flux à partir
de sons élémentaires successifs ou simultanés.
Les ingénieurs du traitement de l’information s’intéressent
aussi à l’ASA, en vue d’améliorer leurs systèmes
de transmission du son et de reconnaissance de la parole qui, à l’opposé du
sujet humain, sont complètement déroutés dès
que plusieurs voix se superposent.
Tous ces travaux confortent l’idée selon laquelle la perception
n’est pas un simple reflet du monde extérieur, mais une
recherche active, anticipatrice, située et sélective de
l’information jugée.
«
Les réparations du cerveau : plasticité naturelle et greffes
de tissu », tel a été le thème de la réunion
de septembre, animée par Bruno Will, psychophysiologiste.
La lésion d’une région particulière du cerveau
est souvent suivie, avec un délai de durée variable, d’une
récupération partielle ou totale des fonctions associées à cette
région. Ceci n’est pas dû à la reconstitution à l’identique
de la circuiterie initiale mais à la création d’une
nouvelle organisation substitutive. Quels sont les mécanismes
et les conditions de cette réparation et peut-on les faciliter
ou même les provoquer ? Les réponses à ces questions
ont été apportées par Bruno Will.
Il a aussi traité de l’important problème thérapeutique
actuel des greffes de tissu nerveux chirurgicalement implantées
: l’expérimentation animale permet de connaître les
conditions de la « prise » de ces greffes par le constat
de la récupération fonctionnelle sur le plan électrophysiologique,
corrélativement à celui du comportement. Le conférencier
nous a fait part de sa nouvelle méthode qui renforce la probabilité de
succès de ces greffes. Il a montré aussi que, quels que
soient les mécanismes sous-jacents de la récupération
fonctionnelle (reconstruction de synapses par des axones distants, naissance
de nouveaux neurones à partir de cellules souches, ou greffes)
cette récupération est facilitée par l’enrichissement
du milieu dans lequel vivent les sujets porteurs de lésion, enrichissement
auquel ils répondent par une activité comportementale accrue.

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