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Groupes de réflexion

TRAITEMENT DE L'INFORMATION DANS LES SYSTEMES COMPLEXES, le point avec Jean Rohmer Conseiller scientifique chez Thalès Communications

Le groupe « Traitement de l’information dans les systèmes complexes » (TISC) témoigne de l'importance grandissante de la digitalisation et de la virtualisation à l'aide de l'ordinateur dans les domaines de la science, de la technique et de l'économie.

L'année 2006 a été la première année de plein exercice de ce groupe. Les
5 séances ont à l'évidence contribué à l'élargissement -recherché par le groupe TISC- des réflexions sur l'usage de la modélisation et du calcul informatisé pour aider à la compréhension -et parfois à la maîtrise- des systèmes complexes.

Il ne sera pas étonnant de constater que dans quatre cas sur cinq, le système complexe étudié aura été l'homme, depuis sa physiologie élémentaire jusqu'à sa pensée philosophique.

Le deuxième exposé -a priori éloigné de l'étude de la nature humaine-, portait sur l'installation et l'utilisation d'énormes puissances de calcul parallèle (en particulier dans un organisme français (le CEA) et avec un constructeur français (Bull), mais dont des exposés ultérieurs nous ont montré qu'ils étaient encore bien insuffisants pour appréhender la complexité humaine...
A noter un point commun à tous les conférenciers : ils pratiquent tous une interdisciplinarité exigeante, ce qui semble être une condition nécessaire pour aborder avec modestie -et parfois ascèse- l'étude des systèmes complexes.

Voici la liste détaillée des intervenants et un résumé de leurs interventions.

Janvier : « Le calcul philosophique », par Jean Sallantin, directeur de recherches au CNRS, Laboratoire d'Informatique, de Robotique et de Micro-Électronique de Montpellier.

Comment faire correspondre une activité venant de l'exercice d'une pensée philosophique et celle de la réalisation effective d'un calcul ? De nombreuses personnes sont persuadées que ‘'calculer n'est pas penser'’, que ‘'les choses ne pensent pas’' et finalement que ‘'la science ne pense pas'’.
L'informatique, établie sur une théorie unifiée du calcul, permet l'examen de thèses comme : Penser c'est Calculer.
L'examen de telles thèses revient à développer deux démarches opposées : traduire des procédures de calcul en opérations de pensée, ou traduire des systèmes philosophiques en procédures de calcul, en transférant aux machines les propriétés cognitives de subjectivité, de volonté, de conscience, de réflexion, d'affects telles qu'elles sont définies par Spinoza dans l'Ethique ou par Hegel dans sa logique.

Mars : « Le calcul et la simulation hautes performances », par Christian Saguez, professeur à l'Ecole Centrale de Paris, président de Ter@tec, membre de l'Académie des technologies.

La simulation « hautes performances » est devenue un enjeu stratégique tant pour les scientifiques que pour les industriels. La simulation permet d'approcher les phénomènes complexes. Les applications couvrent entre autres, outre les sciences fondamentales, les nouveaux matériaux, l'aéronautique, la défense, le nucléaire, la gestion des risques...

Mai : « Des réseaux de neurones formels à la modélisation du tissu nerveux », par Pierre Chauvet, directeur du Centre de recherche et d'études sur les applications des mathématiques, Institut de mathématiques appliquées - UCO (Angers).
Cette présentation porta sur les réseaux de neurones formels et les réseaux réels du système nerveux, vus à travers une expérience de mathématicien, d'informaticien et de modélisateur au service des biologistes.
L'histoire des réseaux de neurones formels commence avec des biologistes et se poursuit en s'éloignant de plus en plus de ses sources d'inspiration pour faire partie de nos jours du domaine des statistiques et du traitement du signal.
Dans un mouvement inverse, pour répondre à des besoins très concrets des chercheurs en physiologie, en physiopathologie et en pharmacie, il est nécessaire d'abandonner une bonne part du modèle « réseau de neurones formels ».

Septembre : « Une approche de la conscience pré-réflexive vue comme une extension du mécanisme de l'attention volontaire », par François Anceau, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers.

La conscience pré-réflexive semble être une propriété très particulière du psychisme humain (et peut-être aussi des animaux supérieurs). Cette approche amène à rejeter la notion d'intentionnalité de F. Bretano et E. Husserl pour se rapprocher de celle de conscience-processus de W. James.
Il semble que le ou les processus de la conscience portent en eux un certain mystère puisqu'ils côtoient d'autres fonctions psychiques, souvent élaborées, qui ne sont pas qualifiées de "conscientes". La conscience pourrait jouer le rôle d'un "environnement" (au sens informatique) qui permettrait le fonctionnement cohérent des fonctions psychiques supérieures sur la structure neuronale massivement parallèle.

Novembre : « Théorie et interdisciplinarité dans les sciences de la vie », par Gilbert Chauvet, professeur honoraire de médecine en biologie mathématique, ancien chef de service en modélisation informatique, chercheur à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, research professor à l'USC (Université de Californie du Sud).

Peut-il exister une théorie en biologie ? Quelle doit être sa nature ? Mathématique ou descriptive ? Quelle est la différence entre théorie et modèle ? La complexité des systèmes biologiques permet-elle l'étude théorique de la biologie ? Pour beaucoup de biologistes la réponse est négative.
A la lumière de son expérience, Gilbert Chauvet a abordé le rôle majeur de l'interdisciplinarité, les illusions qu'elle suscite et les conditions nécessaires de son existence.