RISQUES ET COMPLEXITE,
le point avec Jean-Louis Nicolet Expert en maîtrise du risque et
facteur humain,
auprès de la Cour d’appel de Versailles.
Un thème majeur de réflexion pour
nos sociétés contemporaines, abordé par
un groupe très polyvalent, inventif et libre
Le groupe Risques et Complexité, créé en
février 2002 à la demande de Raymond Moch, S/directeur
honoraire au Collège de France et Conseiller scientifique de l’Institut
Bull, a pour objectif de réfléchir à la relation
risques/complexité dans nos sociétés modernes.
Il n'y a pas d'intervention humaine sans risque.
Toute nouvelle performance humaine entraîne de nouveaux risques.
Le progrès
est le résultat de cette dualité.
Pour aborder ce thème, de multiples cas matériels et
immatériels sont examinés avec des visions très
différentes : économique, sociale, juridique, technique,
psychique et médicale.
Si le risque matériel est assez bien maîtrisé aujourd'hui,
il n'en est pas de même de l'information, des risques
immatériels, d'où l'évolution des thèmes
abordés au fil des ans.
A partir du sujet : « Sommes-nous prêts
pour une nouvelle pandémie ? » M. Claude
Hannoun, professeur honoraire à l’Institut Pasteur
et ancien président de l'Institut Bull, a explicité le
vocabulaire de base indispensable (Hémagglutinine (H)- Neuraminidase
(N)). Puis il a dressé un historique rapide des diverses épidémies
en évoquant la pandémie de 1918, plus connue sous le nom
de grippe espagnole, qui fit plus de 20 millions de morts. Après
quoi, il évoqua comment chaque année était élaboré le
vaccin administré à titre préventif aux populations
afin de tenir compte d’une part des dernières mutations
observées sur les virus et d’autre part des moyens industriels à mettre
en œuvre sachant qu’il faut un œuf fécondé pour
faire un vaccin et que l’Europe a plus de 700 millions de personnes à protéger.
La seconde conférence de 2006, prononcée par Mme Louise
Cadoux, portait sur « La protection des données personnelles
face à l’informatisation de la société ».
Après un bref historique remontant aux années 1974, date
de la première loi instituée par les Etats-Unis sur ce
sujet, Mme Louise Cadoux a mis en exergue deux grands principes sur lesquels
doit reposer toute protection individuelle.
Le premier, qui est fondamental, concerne la finalité de la base
de données que l’on veut créer. Quels objectifs poursuit-on
? Les données sont-elles exactes, pertinentes, régulièrement
mises à jour ?
Le second est relatif à la transparence des données. Il
porte sur leur mode de collecte, le droit à la vérification
des données, le droit d’opposition aux traitements projetés… Actuellement
plus de 61 pays ont abordé ce problème et légiféré en
la matière.
La troisième conférence : « Le projet laser Mégajoule
et le management des risques » animée par M. Daniel Verwaerde,
directeur des armes nucléaires à la Direction des applications
militaires du C.E.A., avait pour objet de répondre à la
question « Comment mettre à la disposition des armées,
des armes nucléaires fiables sans qu’on puisse comme auparavant
les tester in situ ». La réponse donnée par la France
est la simulation des phénomènes. Celle-ci porte sur deux
aspects majeurs :
• la maîtrise théorique des phénomènes
de fusion (deutérium – tritium) par amélioration
des modèles physiques, la recherche de constantes plus précises,
la ré-interprétation de tous les essais nucléaires
effectués, la reproduction par le calcul des différentes étapes
de fonctionnement d’une arme, ce qui a obligé le CEA à multiplier
par 2.000 les puissances de calcul disponibles en 1996.
•
une vérification expérimentale des calculs effectués.
Pour ce faire, sur une micro-sphère contenant du deutérium
et du tritium, on concentre l’énergie nécessaire
pour amorcer la réaction de fusion à l’aide de
rayons lasers synchrones.
La quatrième conférence : « L’accident du
Mont-Blanc » animée par M. Jean-louis Nicolet, expert judiciaire
près la Cour d’appel de Versailles avait pour objet, à partir
du jugement rendu par le Tribunal de Bonneville suite à l’incendie
du tunnel sous le Mont-Blanc de montrer, sur la base des restes calcinés,
des documents, des bases de données sauvegardées et des
témoignages recueillis, le processus suivi par le juge et les
experts pour reconstituer, minute par minute, la façon dont s’était
déroulée la séquence accidentelle.
L’inventaire des manquements aux règles de sécurité une
fois établi, M. Nicolet a montré comment, sur la base du
nouveau code pénal et notamment la loi Fauchon, le juge établit,
pour chaque personne mise en examen, son niveau de responsabilité vis-à-vis
des problèmes de sécurité, et décide des
peines infligées, celles-ci allant de la relaxe à 30 mois
avec sursis dont 6 mois ferme.
La cinquième conférence, animée par MM Jean Marc
Ané, physicien au département de recherche sur la fusion
contrôlée du CEA et Thomas Sala, responsable des installations
scientifiques à la société Technicatome, avait pour
objet de présenter « le projet I.T.E.R. (International thermonuclear
experimental reactor) », réacteur expérimental de
fusion dont la mise en service est prévue pour 2050.
Ce projet mondial s’appuie sur les trois records mondiaux obtenus
en matière de fusion par le JET (U.K) qui a réussi à produire
16 Mwth pendant une seconde, le JT (Japon) qui a atteint la température
de 200 millions de degrés et Tore Supra de Cadarache qui a fonctionné 6
minutes en 2002.
L’accord concernant ce projet a été signé le
21 novembre 2006 par la Chine, les Etats-Unis, la Fédération
de Russie, l’Inde, la République de Corée et l’Union
européenne qui finance la moitié du projet. Le site retenu
est celui de Cadarache.
Le but du projet consiste à explorer les différents paramètres
qui contrôlent l’existence produite d’un plasma de
deutérium et de tritium dans des conditions où l’énergie
de fusion sera dix fois supérieure à l’énergie
fournie pour porter le plasma à la température voulue c'est-à-dire
100 à 150 millions de degrés. Le budget prévu est
de 100 milliards d’euros sur 45 ans.

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